Poète Marieka-p

Poète Marieka-p

Margot,

 

 

 

 

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Margot,

 

 

 

 

Oh! Margot, si je m'en souviens, elle passait chaque matin, sur le pont Mirabeau, sec comme un haricot vert et la bouche pincée comme le derrière d'une poule. Elle était aussi pipelette qu'une pie, qui aurait perdu ses petits, sauf qu'elle n'en avait pas.

Elle avait l'argent, la gloire et vivait dans un manoir. Elle donnait des réceptions en veux tu en voilà, des ducs, des princesses, et des rois.

De la bouffe à foison et les restes aux cochons, pendant qu'aux pieds de sa demeure, les gueux crevaient, la tête dans leur maigre gamelle. Tous les matins, elle partait pour la messe, dans son vison, quand l'hiver lui donnait le frisson et l'été en voile noir de satin, chapeautée de chez Carlin. Elle marchait sur le pont Mirabeau, aussi droit qu'un manche de râteau, pour se rendre à l’église st Maroc et sans le sous pour le mendiant, assis sur le carreau.

 Pour soulager son âme, elle faisait confession en vidant son sac, de tous ses poisons et d’après les commérages, quand elle rentrait en son manoir, entourée de son régisseur et de ses gens, qui exauçaient tous ses vœux, même les plus inavouables. Elle passait son temps à diriger ses pions, pour l'organisation de ses réceptions. Margot, n'avait rien pour elle, ni la beauté du corps, ni celle du cœur, sans mari et sans chien, elle détestait les gamins, même ceux de son cousin germain. Un aristocrate du coin, qui l'invitait régulièrement, pour des festivités, c'est d’ailleurs dans l'une d'elle, que Margot croisa le regard noir de Marcellin. Un homme qui avait l’allure d'un pur-sang, il avait une trentaine d'années et devant ce bel étalon, Margot retrouva ses vingt ans, en oubliant qu'elle en avait le double.

 Marcellin prétendait être duc, Margot l’écoutait, Margot rêvait et se voyait déjà à son bras. Marcellin reniflait, reniflait, l’odeur de ses biens. Elle était euphorique devant les yeux peu catholiques de son galant, croyant même à l'amour romantique. Quelques jours plus tard, elle installa le duc en sa demeure, il lui avait fait croire, une alliance pour cent an, mais il n'y eu jamais d’alliance. Margot lui faisait confiance, elle lui donna le pouvoir et son manoir, avec l’espérance que  Marcellin la suive, jusqu'au bout de son chemin. Deux ans s’était écoulés, Margot ne sortait que très rarement, elle trouvait toujours un prétexte, des imaginaires et autre maux pour rester aux cotés de Marcellin, qui n'en pouvait plus de cette vie. Ce jeune et beau séducteur, avait toutes les cartes en mains. Alors un soir en plein hiver, il mit margot à terre, d'un coup de colère. Il n'avait hélas que faire de cette vieille mégère. Au dehors, le visage marqué du drame, Margot traînait ses larmes, en se dirigeant vers le pont Mirabeau. Dans le froid qui glaçait son corps, elle était arrivée près de l’église, qui n’avait pas entendu sa confession, depuis des mois. Elle s’était assise sur le carreau, le cœur brisé, ses pleurs cristallisés par le vent glacé.

 Soudain une voix :

_ Madame, madame ne restez pas là, il fait si froid, vous n'avez pas de toiture ?

Mais Margot ne répondait pas, la tête renfrognée dans son manteau de vison. La voix s'agenouilla et releva le corps de Margot, l’âme en peine. Elle s’agrippa au bras de la voix, qui la conduisit au couvent. Sous le dôme du seigneur, les sœurs l'avaient accueilli. Les yeux remplis de brume, Margot souri à la voix, qui s'approcha d’elle et déposa un baiser de compassion sur sa joue. Une des bonnes sœurs avait demandé à la voix, son nom. Mais la voix voulant rester anonyme avait donné un faux nom :

_Je me nome Mirabeau.

Quelques mois plus tard, Margot s’était endormie pour l'éternité. Sur le pont Mirabeau, une voiture était venue chercher la voix. La bonne sœur l’avait déjà vue près de l’église. La voix était celle du mendiant assis sur le carreau. Le cocher supplia l’homme de monter dans voiture.

Arrivé au couvent, une bonne sœur s'approcha de lui, en lui tendant une bourse :

_ Tenez c'est de la part de Margot, elle est morte hier, l'esprit amnésique. Il n'y avait plus rien à faire. Pauvre femme se dit le mendiant. Il alla dire un dernier adieu à Margot et salua la bonne sœur. Il reprit sa route en direction du pont et il ouvrit la bourse. A l’intérieur quelques pièces d'or, tout ce qu'il restait des biens de Margot. Et un pli qui lui était adressé... Ma  mémoire a failli, mais dans un coin, j'ai gardé de vous le visage d'une voix, pleine de bonté et de charité. Souvenez-vous, sur le pont Mirabeau, vous m'avez sauvé la vie. Aujourd’hui je ne suis plus, mais je vous en remercie. Le mendiant les yeux remplis d’émotion, replia le pli et retourna s’asseoir sur le carreau, près du pont Mirabeau

 



01/02/2015
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