Poète Marieka-p

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Les cinq

Voici, après mon premier livre " Sur les pas de Lisa"

 

 Le second, son titre :  " Les cinq "

 

 

 

"la quatrième de couverture"

 

Je m’arrêtai un instant, pour soulager une envie pressante, près d’un bosquet qui longeait le chemin. À mes pieds, je découvris un sac en toile de jute, je le ramassai et l’ouvris. A l’intérieur, rien que du sable. Je le renversais et au beau milieu de ces fines particules, une pierre jaune, étrange. D’où pouvait- elle venir ? Un gamin sans doute l’avait mise là, cachée au fond de ce sac comme un trésor. Je l’avais mise dans ma poche et je poursuivais mon chemin. La petite bonne femme âgée était loin devant, je trouvais son pas un peu rapide pour une vieille dame, même en accélérant le mien, je n’étais pas arrivé à la rattraper. Mais au détour du chemin, elle avait disparu. Il y avait juste un gamin qui traînait là, c’était comme s’il avait pris la place de cette femme. Je ne pouvais pas voir son visage, mais de dos il me semblait reconnaître un des cinq, je n’en étais pas certain. Sans chercher le dialogue, je poursuivais ma route.

 

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 Les cinq :

 

 

Je fus surpris deux jours plus tard, en sortant de la boulangerie, par un étrange phénomène. Vers treize heures et non loin de la fontaine du village, j’avais aperçu les cinq vêtus de haillons. Ils étaient là tous à me regarder, comme s’ils ne m’avaient jamais vu. Soudain, un orage éclata et un éclair me frôla. Je m’étais retrouvé à terre, un peu assommé. Quand je repris conscience, il n’y avait plus personne autour de moi, ils avaient disparu. Ce n’était que le début. Quelques semaines plus tard, tante Adèle tomba malade et le docteur vint lui rendre visite pour une consultation. Il constata une bonne grippe, Adèle fut contrainte de rester alitée, et elle ne pouvait plus s’occuper de ses tâches quotidiennes. J’avais donc pris les choses en main. Les jours s’écoulaient et ma pauvre tante était au plus mal. Le médecin était revenu à plusieurs reprises. Un jour en sortant de la maison, il me fit signe de le suivre :

 

- Walis, tu es un jeune homme courageux, occupe-toi bien d’Adèle.

 

- Je vais faire de mon mieux, docteur.

 

- Bon courage mon garçon. Au fait, prends ça : c’est un arrêt de travail d’une semaine.

 

 

 

J’étais au chevet d’Adèle, je lui donnais ses médicaments, je la faisais manger, mais elle n’avalait presque rien. Un matin, je l’avais sentie très affaiblie et d’une voix presque inaudible, elle me dit :

 

- Walis mon garçon, ne te donne pas tant peine, j’n’en ai plus pour très longtemps.

 

Ces paroles avaient coulé mon regard.

 

J’avais passé cinq ans avec cette femme, cinq années où j’avais été bien plus heureux que chez mes parents, c’est triste à dire mais c’est la vérité. Malgré son caractère un peu autoritaire, Adèle avait toujours su prendre soin de moi. Quand je m’étais retrouvé chez elle, les premiers mois, seul dans ma chambre, je sanglotais sous mes draps blancs, et je me souviens qu’à plusieurs reprises, tante Adèle était venue me consoler. Et puis, il y avait eu ces merveilleux Noëls, où je me sentais le plus heureux des garçons. Chaque année, Adèle achetait un sapin. Oh ! Il n’était pas très grand, ni bien gros, mais pour moi c’était le plus beau. On l’habillait de quelques guirlandes, et de boules de couleurs. Le soir du réveillon, Adèle faisait une jolie table, dessus elle déposait son bougeoir de bronze et elle sortait ses plus belles assiettes, et ses beaux couverts. Le repas était toujours délicieux, et en désert il y avait une bûche de Noël faite maison. Je l’entends encore me dire avec un petit sourire :

 

- Walis mon garçon, si tu continues à manger comme ça, tu vas être malade.

 

Je lui lançais un regard moqueur, et cela la faisait rire. Le lendemain matin, j’allais voir au pied du sapin et là, je découvrais toujours deux petits paquets. Dans le premier il y avait quelques chocolats, et dans le suivant, un jouet. Je me souviens en particulier du premier Noël : j’avais eu un camion de pompiers. J’avais été si heureux, que je sautais au cou de tante Adèle, qui me serrait tout contre son cœur.

 

Aujourd’hui, je suis un vieil homme, mais il n’y a pas d’âge pour laisser couler ses souvenirs.

 

De jour en jour, Adèle s’affaiblissait, et cette après-midi-là, j’avais frappé à la porte de sa chambre, pour lui donner ses médicaments. A peine avais-je posé le plateau sur la petite table, qui se trouvait à côté de son lit, que j’entendis ma pauvre tante tousser, tousser, cracher. Je la sortis de ses draps, enveloppée dans la couverture, puis je la pris dans mes bras. Le docteur se trouvait à dix minutes de la maison. Je courus. Je frappai à la porte avec mon pied, et l’on m’avait ouvert. Vite, vite, dit le docteur. J’avais allongé ma tante sur le brancard et sa toux ne s’arrêtait pas, le médecin l’ausculta, tout en me regardant.

 

- Walis, ta tante, c’est la fin.

 

J’avais baissé le regard, tout en m’approchant de tante Adèle. La toux s’était tout d’un coup atténuée, mais ses yeux étaient presque éteints, et son souffle était lent et irrégulier. Je lui pris la main, tout en déposant un baiser sur son front. Quelques secondes plus tard, je fermais ses paupières. Elle avait quatre-vingt-quinze ans. Tante Adèle fut transportée au funérarium de la ville. Je venais de perdre ce que j’avais de plus cher au monde à cette époque.

 

Adèle avait tout prévu pour ses funérailles. Elles avaient eu lieu trois jours plus tard, au cimetière du village, sans fleurs ni couronnes, c’était sa dernière volonté. Quelques gens étaient venus lui rendre un dernier hommage, parmi eux il y avait monsieur Paul.

 

Après l’inhumation, j’étais rentré chez Adèle, le silence m’avait glacé le sang. Je me demandais ce que j’allais devenir ! Oh, bien sûr je n’étais pas perdu, et puis j’étais devenu un homme. Mais je ne pouvais pas rester dans cette maison, trop de souvenirs me bouleversaient. Je décidai donc de faire ma valise, et le lendemain matin je pris une chambre, à l’hôtel qui se trouvait à la sortie du village.

 

Ce soir-là, j’étais épuisé, je me couchai tôt. Au lever du jour, je descendis à la cuisine et me préparai un café. Une heure plus tard, je fermai les volets et mis la clef sous le vieux paillasson.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



29/07/2017
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