Poète Marieka-p

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Les cinq

Quatrième pages. 

 

1956 : Suite à la mort son père Adrien, par pendaison, Walis, un jeune garçon, âgé de treize ans, et fils unique, se retrouve seul avec sa mère Madeleine. Celle-ci, quelques mois plus tard, à la suite d’une dépression, fut internée en hôpital psychiatrique. N’ayant pas d’autre famille, que la sœur de son père, Adèle, Walis fut contraint à aller vivre chez elle. Mais avant de quitter la Ville et le quartier où il avait vécu avec ses parents, il avait revu les Cinq.  Ces garçons, blonds aux yeux clairs, qui le suivront toute au long de sa vie. Qui sont-ils ?

 

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Extrait.

 

 

 

 

Il me remit des documents et me salua. Je traversais la route en direction du petit café, chez Lulu, sur la place du village. Au bar, Je commandais un whisky, histoire de digérer ce qui venait de m’arriver. Puis, j’ouvris la grande enveloppe, dans laquelle se trouvaient les clefs de chez tante Adèle et d’autres papiers, que je consulterais plus tard. Je me rendis dans la maison. Je retrouvai là tous mes souvenirs et le parfum fleuri de ma tante. Je n’y restai qu’un moment et repris un taxi pour Troyes.

 

Avant de rentrer chez moi, je passais voir le fils d’Auguste, Jean. Son état s’améliorait, mais il n’était pas pour autant sorti d’affaire. Ses parents avaient eu besoin d’argent, ils avaient emprunté à la banque. Le congé sabbatique d’une année d’Amandine était terminé et elle avait repris son travail. Les deux salaires ne suffisaient plus pour rembourser le prêt et d’autres créances inattendues dues à la maladie de leur fils.

 

J’avais vingt ans à l’époque, un travail et cet héritage imprévu, qui m’était tombé dessus. J’étais heureux, j’avais quelques amies, je sortais souvent, m’amusais. C’est après mûre réflexion que j’avais décidé de mettre en vente la maison de tante Adèle. Elle avait été rachetée par un paysan du village, qui la rénova pour sa fille.

 

J’en avais tiré une jolie somme, qui avait fait gonfler mon compte bancaire. Dans les semaines qui suivirent, le petit Jean était rentré chez lui et la maladie était au bord de la défaite. Il ne manquait pas grand-chose pour la mettre définitivement hors de nuire, et sa famille était pleine d’espoir. Amandine m’avait invité un soir à dîner, j’étais toujours heureux de les retrouver. Je m’en souviens très bien, car ce jour-là j’avais bu un verre avec mes amis, Mathieu Baladin, VRP célibataire et coureur de jupons, et Jacques Basil qui était lui aussi célibataire. Il était livreur de pain et vivait encore chez sa mère.

 

Ils m’avaient présenté Lucile, que je trouvais très à mon goût. Elle avait de longs cheveux roux et le regard couleur noisette. Lucile m’avait troublé et je n’avais pas fait attention à l’heure. J’étais arrivé un peu en retard chez Auguste et Amandine.

 

- Bonjour, excusez-moi ! Un contretemps.

 

- Ce n’est pas grave, Walis, ce qui compte c’est que tu sois là ce soir.

 

Je les avais tous embrassés comme du bon pain, Nina me sauta au coup. Le petit Jean n’était pas loin, mais encore affaibli, il se reposait dans sa chambre. J’étais monté lui faire un gros bisou et je lui tendis un paquet.

 

- C’est quoi, Walis ?

 

- Ouvre-le.

 

Je me souvenais alors de son vœu à l’hôpital, quand j’étais allé lui rendre visite, il dormait. Je m’étais assis dans le fauteuil près de lui, en attendant son réveil. Quand il ouvrit les yeux, il me regarda fixement, comme si je devais comprendre ce qu'il se passait derrière son regard bleu.

 

- Coucou, mon bonhomme.

 

Il me fit un large sourire, mais au fond de ses grands yeux, je pouvais apercevoir toute sa souffrance. J’avais le cœur au bord des larmes et je prétextais un cil dans l’œil.

 

 A cette période, le petit Jean n’était pas sorti d’affaire et je m’efforçais de le rassurer.

 

- Tu sais, il existe un pays très loin d’ici.

 

- Où, Walis ?

 

- Au-dessus des montagnes, il y a des enfants de ton âge.

 

- Ils font quoi là- haut ?

 

- Ils sont malades comme toi.

 

- Comme moi !

 

- Oui Jean, comme toi.

 

- Ils se battent.

 

- Mais pour quoi se battent-ils ?

 

- Pour tuer les malins petits soldats.

 

- Je peux aller faire la bagarre avec eux ?

 

Je souriais.

 

- Tu veux te battre, toi aussi.

 

- Oui Walis, comme ça j’aurai plus mal.

 

Ma sensibilité retenait mes larmes.

 

- Tu n’auras plus mal si tu gagnes, mais ce sera très difficile.

 

- Si je gagne, j’aurai quoi !

 

- Ce que tu veux mon p’tit bonhomme.

 



29/07/2017
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