Poète Marieka-p

Poète Marieka-p

Brume,

 

 

 imagesK6WMMU2V.jpg

 

 

John Wil,

 

 

 

Dans la brume matinale de novembre, se dressait un vieux chêne. Il avait au moins trois cent ans, des souvenirs d’autre temps. Plusieurs générations s’étaient assissent sous son feuillage tantôt vert, tantôt  jaune orangé. Des filles, des garçons, des amants de tous âges. Il était là, planté non loin  du domaine des terres jaunes de Tarama, ou trônait le manoir d’John Wil. L'arrière-grand-père de John ce nommais Jean Wil, il était né dans le nord de la France à Roucourt, dans une famille de mineur, sous le toit d'une modeste demeure de briques rouges. L’avenir de jean était déjà tout tracé, à douze ans on le mit à la mine sans lui demander son avis. Il faut dire qu’à cette époque difficile des milliers d'hommes emmenaient les enfants avec eux, pour affronter le travail souterrain, ses dangers, sa violence quotidienne et ses coups de grisou qui résonnaient dans le pays entier. Jean était un garçon fragile, la tâche lui était difficile mais il tenait bon. Quelques années plus tard, jean était devenu un homme, il avait épousé Lucile, fille de mineur qui lui donna un  fils, prénommé Yvon. A son tour, vingt ans plus tard, Yvon épousa Émilie, c’était son amie d'enfance, elle donna naissance à John.

 

Quand John  atteignit l’âge de ses seize ans, il quitta la maison familiale, sans même un regret, avec l’approbation de son père et les larmes de sa mère. Il prit le chemin de la grande ville. C’était son rêve, il ne voulait pas de la misère de la mine, et cet enfer. Il s’était promit  une vie meilleure. Avec son baluchon  il se mit en route, allant de villes en villages. Après quelques semaines, à pied et sans le moindre sou en poche, John s’était mis à  faire la manche. Tout au long de son voyage, il dormait à la belle étoile, ou dans les granges, sous les ponts, se méfiant des fous et des poivrots.

 

Quand l'argent lui faisait défaut, John faisait les poubelles ; celles des beaux quartiers et des restaurants qu'il croisait. Pour sa toilette, il se contentait de l'eau des rivières ou des fontaines qu’il rencontrait. Après deux cent kilomètre, il arriva à Paris, il continua à faire la manche et se mit à la recherche de petits boulots. Un jour la chance lui sourit, il fut embauché dans la petite entreprise Dulac, ou il entassait des cartons de lingerie féminine toute la journée, un travail  de courte durée. Après six mois il fut licencié et tout l'argent qu'il avait gagné, lui avait servi à louer une chambre de bonne, qui  était située dans un cartier mal famé, tout près de la place Pigalle. Téméraire, John se levait aux aurores, il allait prendre son café chez Louise, un bar non loin de son domicile, dans lequel  il avait fait la connaissance de Kilian, un jeune homme, âgé de vingt ans. C’était un titi parisien qui vivait de petits larcins, avec un poil dans la main. il logeait chez son cousin germain Jules, un vieux de la vieille, un parigot lui aussi, qui avait fait les quatre cent coups, toute sa vie, pour se retrouver seul dans son trou. Kilian faisait partie des mauvais garçons, avec un grand cœur. Quelque fois quand le cafard montait à la tête de Jules, avec l'argent de ses  larcins  Kilian l’emmenait faire un petit tour, dans les rue pavées de Pigalle, il lui offrait un restaurant et une femme, ça rendait  jules un peu moins fade.

 

Quand à John Wil, il était tantôt balayeur, tantôt serveur, ou bien encore  chiffonnier. Il trouvait des vêtements à peines usés, que les bourgeois déposaient là, sur le trottoir. Il lés revendait pour une bouchée de pain, aux gens bien plus pauvres que lui. Sa vie était faite de haut et de bas. Kilian lui  avait déjà bien vécu, il avait perdu sa virginité à l’âge quinze ans. C’est son cousin jules qui l'avait emmené dans un bordel,  pour sa première expérience sexuelle. Il fut initié par Gabrielle une fille de joie que son cousin côtoyait très souvent. Un jour Killian s’en était venté à John, qui rougit comme une tomate au soleil, en l'écoutant.

 

 

 

Les deux garçons se retrouvaient souvent chez Louise. Un soir, après quelques verres, Kilian proposa à John d'aller faire une virée à Pigalle. Avec quelques sous en poche, ils allèrent sifflotant gaiement. Ils arrivèrent au bar des trois canards, réputé à cause d'une bande de proxénètes qui rackettaient les hôtels de passe et les filles qui y travaillent. Kilian et John s’installèrent au bar, admirant un spectacle de strip-tease. Après un numéro d'effeuillage, les filles venaient dans la salle, boire un coup avec les clients et elles leur  proposaient  de passer un bon moment, dans un des hôtels avoisinants. John qui n’avait jamais rien vu était bouche bée devant un tel spectacle. L’une des filles s’étaient approchées de Kilian, qui était fort habitué à ce genre d'endroit, il offrit un verre à la charmante demoiselle, qui se prénommait Lilou. John un peu timide, sirotait son verre sans dégoiser un mot, pendant ce temps Kilian s'approcha de Lilou et lui glissa à l'oreille quelques mots, en parlant de John.

 

_Il aurait bien besoin d'un petit coup de main.

 

Lilou se mit à rire et John se demandait bien ce que Kilian avait bien pus lui dire. John avait à peine terminé son verre, que Kilian lui  fit signe de se lever. Les trois compères ressortirent du bar, Kilian saluât Lilou et lui dit:

 

_Je te le confie.

 

 Avec un petit clin d’œil à John et il prit le chemin du retour. Lilou fit signe à John de le suivre. Après quelques pas, à hauteur d'un hôtel avoisinant ils entrèrent. Lilou demanda une chambre et on lui donna la chambre dix-sept. Une fois à l’intérieur, John détailla la pièce qui n’était pas plus grande que sa chambre de bonne. Il y avait un lit recouvert d'un dusse  rouge et or, un paravent qui servait de coin intime et  sur une table une cuvette et un broc, avec quelque serviettes un peux défraîchies. Lilou  mit le jeune garçon à l’aise, puis d'une voix rassurante lui demanda de faire un brin de toilette. John s'exécuta puis il ressortit, de derrière le paravent. Il alla s'asseoir sur le bord du lit, Lilou passa à son tour derrière le paravent, puis en ressortit en se pressentant à John  en tenue légère. Elle s'approcha du jeune garçon, le dévêtit avec tact et douceur. Le pauvre John tremblait comme une feuille au vent, mais les mains expertes de Lilou allaient vite le mettre en confiance. Après une heure, le petit mineur était devenu un homme, sourire aux lèvres, il glissa un billet à Lilou et quitta la chambre.

 

Le lendemain comme à son habitude, John se rendit chez Louise. Il prit un café et sortit de sa poche une feuille de papier et un crayon. Il se mit à écrire juste quelques lignes, qui seront adressées à ses parents. Ça faisais six mois qu'il avait quitté sa famille, elle lui manquait un peux. Il pensait souvent à son père et surtout à sa mère qui s’épuisait, été comme hiver au lavoir pour une misère. John avala sa dernière goutte de café, ressortit du bar et alla poster sa lettre. Ensuite, il se rendit au hall, pour grappiller de droite à gauche. Il emportait toujours avec lui un grand sac, qui se remplissait au fur et à mesure de la matinée. On pouvait y trouver toute sorte de victuaille, un peux défraichies certes, mais c’est toujours ça, se disait-il. Quand il avait fini son tour, il rentrait chez lui puis triait ces légumes. Quelques un lui étaient destinés, il revendait le reste pour une misère. John manquait d'argent, ses petits boulots lui rapportaient  tout juste de quoi payer sa chambre. Ce soir-là sur le chemin du retour, John songeait à sa nuit passée avec Lilou, puis  il s’arrêta dans un bar tabac pour acheter des cigarettes. John n’était pas joueur, mais il prit un ticket de loterie et demandant au patron:

 

_Je voudrais un ticket avec le numéro dix-sept.

 

 C’était le numéro de la chambre, dans laquelle il était avec Lilou. Il le mit dans sa poche, puis d'un bon pas se rendit chez Louise. Quand il poussa la porte, Kilian était déjà là avec un large sourire, John s'approcha de lui pour le saluer et d'un ton un peu moqueur Kilian lui dit:

 

_Alors te voilà devenu un homme mon pote.

 

 John répliqua:

 

_Grâce à toi. Pour fêter çà je t'offre un verre.

 

Quelques semaines plus tard John reçu une lettre. Qui pouvait lui écrire? Personne, à par ses parents, alors ce matin-là il était rentré chez lui, sans se rendre chez Louise. Il ouvrit la lettre  et se mit à lire, il avait compris. Ses yeux s'étaient mis à larmoyer, mon dieu s’écriât il ! Son père lui annonçait le cédés de sa mère. Elle était morte d’un malaise cardiaque au bord d'un lavoir. John était en sanglot. Putain de misère, s’écria-il. Ces mines lés feront tous crever. Rouge de colère il retourna la table et sortit pour aller chez Louise. Kilian n’était pas là, John se mit dans coin du bar et commanda un  verre de whisky. Triste, il pensait à sa pauvre mère, à son père qui se retrouvait seul. Il sortit une feuille et un crayon et se mit à écrire, quelques mots de soutien à son pauvre père, en s’excusant de ne pas avoir été là pour les obsèques. En ressortant du bistro, il alla à quelques rues plus loin, un bureau de poste s’y trouvait. Il acheta un timbre et posta sa lettre. Des semaines s’étaient écoulées.

 

 

 

Ce jour-là le ciel était d’un bleu océan, John était sorti pour une petite balade.  Il faisait un temps superbe, les terrasses étaient sorties et bondées. Soudain, John fut interpellé par une discussion, qui lui rappela son ticket de loterie qui l’avait oublié. Deux hommes étaient installés à la terrasse, l’un d’entre eux dit:

 

_Tu te rends compte, si ce n’est pas malheureux, celui qui a acheté ce ticket de loterie ne s’est pas fait connaitre. Moi ça ne m’aurais pas m'arriver, une somme pareille en plus. John, en entendant ces paroles se souvint de son ticket, il détala comme un pur-sang pour rentrer chez lui, afin de le retrouver et se rendre chez le marchand qui lui avait vendu, en espèrent que ce soit le ticket gagnant.

 

Sa chambre ne ressemblait pas à un palace, tout était en désordre, il chercha dans toutes ses poches de pantalons veste. Mais il fit choux blanc, mais où était donc passé ce ticket? John se mit à réfléchir, soudain il se souvint, le pantalon qu'il portait le jour de l'achat de ce ticket avait été mis dans un sac, pour une vente ultérieure. John fouilla le sac, qui heureusement était encore là, il retrouva le ticket puis ressortit et se rendit au bar tabac. Il le présenta au patron, qui sortit une feuille et regarda les numéros tout en le fixant :

 

_Bravo jeune homme, vous avez gagné, gagné une très grosse.

 

John devint blanc comme un linge et s’évanouit. Avec  l'aide d'un client le patron du bar le remit sur pieds. Ils l'assirent sur une chaise, John revint à lui:

 

_Ou suis-je?

 

Le patron:

 

_Ne vous n’inquiétez pas, tout va bien.

 

John avait du mal à réaliser que son ticket était gagnant. Le patron du bar tabac :

 

_Vous recevrez votre gain dans quelques jours, signez là au bas de cette page. Mais au faite, quel âge avez-vous mon jeune ami?

 

John n'y croyait pas, il n’était pas majeur, alors il lui était  impossible d'encaisser le chèque. 

 

_Revenez avec une personne majeure. Lui dit le patron.

 

_ Je vais trouver quelqu'un. Répliqua John.

 

Il se rendit chez Louise, il était presque midi et Kilian n’était toujours pas là. Ou pouvait-il bien être, les deux amis avaient l'habitude de se retrouver là, matin, midi et soir. John pris un verre et demanda à Louise si elle l'avait vu.

 

_ Non. lui répondit-elle.

 

John était ensuite rentré chez lui, afin de digérer cette soudaine fortune. Il se disait : si Kilian ne m'avait pas emmené au bar des trois canards, je n'aurai sans doute jamais joué et demandé le numéro dix-sept, c'est un peu grâce à lui si j'ai gagné.

 

Mais comment John allait-il pouvoir récupérer cette somme? Kilian, un ami qu'il ne connaissait pas assez  pour lui faire confiance. Jules, le cousin de Kilian ce vieux de la vieille, pas question. La dernière solution, retourné au pays voir son père et le ramener pour qu’il signe. Après quelques jours de réflexion, il opta pour son père. Un autre souci était en suspens, car John n'avait pas d'argent. Il n'avait nulle attention de refaire tout le chemin à pieds, pour se rendre à Roucourt, Une idée lui vint.

 

Le lendemain matin dès l'aube, il se rendit au hall et se mit à interroger tous les routiers qui étaient là, histoire de savoir si l'un d'entre eux était susceptible de faire le voyage Paris Lille. Une heure plus tard il tomba sur un grand gaillard pas loin de deux mètres, poils gris et barbe rude, le regard d'un bleu outremer. John lui demanda s’il allait dans le nord et l'homme sûr de lui, dit :

 

_Pour quoi veux-tu savoir ça?

 

_Je dois m’y rendre très rapidement, pour aller voir mon père malade.

 

C’était Juste un petit mensonge, pour apitoyée le géant qui lui avait répondu :

 

_Je pars dans deux jours et  je t'attendrais ici, vers trois heures. Au fait c'est quoi ton nom.

 

_Wil rebondit John. Ok Wil moi c'est Maroc. John ajouta un merci et repartit.

 

 

 

Il passa chez Louise et l'oncle de Kilian était là, installé au bar devant un ballon de blanc sec, il s’approcha de lui.

 

_Salut John comment vas-tu.

 

John répliqua:

 

_Je vais bien et Kilian! Vous avez des nouvelles.

 

_Des nouvelles, dit l'oncle ! Pour ça j'en ai eu et  ton cher copain est à l'hosto.

 

_ Et pour quelle raison. Répliqua John.

 

_Une bagarre aux trois canards, pour une gonzesse. Un de la bande l’a embroché d’un coup couteaux.

 

_C'est grave. Répondit John.

 

_Il en a pour au moins deux semaines, à ce qu'on m'a dit. Une sale blessure, il est à st Antoine, si tu veux le voir.

 

John se rendit à l’hôpital dans l’après-midi, Kilian fut ravis de sa visite, il tut sa langue à propos de son gain, il avait seulement parlé de son voyage pour Lille, avec le même mensonge, son père malade. Kilian lui demanda pour combien de temps il partait, John répondît:

 

_Quelques jours  sans doute.

 

Kilian devait sortir dans une dizaine de jours. John serra la main de Kilian et sortie. 

 

Deux jours plus tard John se leva très tôt, il prit un café, mit quelques vêtements dans son sac et partit pour les halls ou il était arrivé vers deux heures trente. Il aperçut Maroc installé au bar, John s'approcha et le salua, un quart d'heure plus tard, John était à bord du camion. Après trois heures de route, le chauffeur s’arrêta devant un entrepôt.

 

_Voilà. Dit Maroc, je te laisse là.

 

_Merci. Répondit John.

 

Le village ou habitait son père se trouvait à trente-quatre kilomètres de Lille. John se mit à faire du stop. Son père allait être surpris de sa venue, car il ne l’avait pas annoncé. Un véhicule s’arrêta et quel véhicule. C’était une camionnette un peu bancale et puante, John se boucha le nez instinctivement, tellement ça sentait le purin. Le chauffeur, un vieil homme il lui dit:

 

_Tu vas ou gamin.

 

John répliqua :

 

_A Roucourt.

 

_Et bien monte. Dit le vieux.

 

 

 

Plus la camionnette se rapprochait du lieu de son enfance et plus John ressentait  de fortes  émotions. Il revoyait sa mère, quand elle rentrait du lavoir. L’hiver avec le froid rigoureux, ses doigts étaient engourdis et rougis par l'eau glacée. La pauvre femme souffrait d'engelures et l’été sous une chaleur torride, elle était courbée comme un roseau pour soulever des charges de linge gorgé d'eau, à tel point que  son dos grinçait de douleur et son visage s’inondait de sueur. John la revoyait rentrant le soir, épuisée dans sa triste demeure, il lui ouvrait ses bras pour un peu de bonheur.

 

La camionnette s’arrêta sur la place du village, John en descendit et se rendit à la petite maison de ses parents, qui se situait non loin de la mine. Son père avait des périodes de huit heures, il se levait  à quatre heures du matin, pour prendre son poste à cinq heures et remontait de la mine à treize heures.

 

Il n’était que sept heure du matin. Arrivé devant la modeste maison, John poussa la porte. Elle était fermée et il en fit le tour et passa part une petite trappe, située sous une des fenêtres. A l’intérieur rien n’avait changé depuis son départ.  Le matériel dont se servait sa mère pour aller au lavoir était  là, panier en osier, lessiveuse brosse de chiendent, savon et lessive, baquet et battoirs, des vieux journaux, bois et allumettes. Tout y était comme figé sur une brouette, de fabrication maison. Mais il manquait à ce décor, l’ombre du visage de sa mère, son regard si doux, son sourire si rare, son amour si tendre. Il ne restait d'elle qu'une photo, un sourie plus vieux que son âge. La tristesse palissait le visage de John, il essuya ses larmes d'un revers de manche, puis sortit de la masure pour se rendre au cimetière.

 

Le pas lancinant, il chercha  l’endroit où fut inhumée sa mère. Il s’arrêta devant une tombe ou il était inscrit Lucile Wil. Il était resté là, à se remémorer encore une fois son enfance, puis le cœur meurtri il s’en retourna au village. Il avait rencontré quelques personnages, l’un l’avait invité à prendre un verre. Puis une partie de cartes suivies, l’heure était bien avancée, il n'était pas loin de treize heures. Il reprit le chemin de la modeste demeure, sortit une cigarette de sa poche, gratta une allumette et s’installa sur le banc qui se trouvait devant la maison, en attendant son père Yvon.

 

 

 

Au loin, sur le chemin il vit une silhouette. Au fur et à mesure qu'elle s’avançait, il distingua un homme. Ça doit être mon père, se disait-il. L'homme lui paraissait d'un âge certain, le dos courbé le pas lent et trébuchant. Il avait tout de même un doute, ça ne pouvait pas être l'allure de son père, un homme plutôt robuste. Mais l’évidence était là, juste devant lui, Yvon. C’était bien lui, six mois s’était écoulés depuis le départ de John. Et son père avait l’air fatigué, John alla au-devant de lui :

 

_Mon garçon ! Comme je suis heureux de te voir.

 

_Moi aussi papa. 

 

Les deux hommes entrèrent à l’intérieur de la maison, Yvon tomba comme une loque sur sa chaise John lui faisait face.

 

_Qu’est ce qui t’amène mon garçon ?

 

_j’ai besoin de ton aide.

 

_De mon aide, mais pourquoi, tu as des problèmes ?

 

_Pas du tout ! C’est tout le contraire.

 

_A bon, je t’écoute.

 

John lui compta l’histoire. Son père en resta bouche bée.

 

_Alors, tu viendras avec moi ?

 

_Bien entendu.

 

Deux jours plus tard, ils reprirent la route pour  Paris, ils étaient arrivés tard dans la nuit. John laissa le lit au père et s’installa à même le sol, sur une vieille couverture. Les deux hommes épuisés de leur voyage s’endormirent.

 

Le lendemain dès l’aube, ils allèrent prendre un café chez Louise, John présenta son père. _Vous allez visiter la capitale. Dit louise.

 

_Certainement, je ne connais pas Paris. Répliqua Yvon,

 

John avait bien recommandé à son père, de ne dire mot sur son ticket gagnant. Après avoir pris un café ils étaient ressortis, direction le bar tabac. Yvon signa le reçu et le patron lui remit le chèque. Ni l’un ni l’autre n’avait de compte bancaire, ils allèrent d’un bon pas en ouvrir un, puis John invita son père au restaurant. Le pauvre homme n’avait jamais mis un pied dans ce genre d’endroit.

 

Pendant le repas, ils se remémorèrent leur vie. Yvon se rappelait sa femme Lucile avec l’émotion au coin des yeux. John détourna la conversation pour ne pas affliger son père, et dit :

 

_Avec cet argent, je vais acheter des vignes.

 

_Des vignes, ou ça ?

 

_Te souviens-tu du domaine des terres jaunes.

 

_Evidement  je m’en souviens très bien, mais il y a bien longtemps que ce domaine est en friche.

 

_Je sais, mais est-il toujours en vente ?

 

_Il me semble, oui.

 

_Eh bien pourquoi pas l’acheter. Bien sûr il faudrait remettre tout en état, en commençant par la demeure et plus tard par, les quelques hectares de vignoble.

 

_Tu as peut être raison, je me souviens du maitre des lieux, un vieux solitaire sans descendance. Mon père me disait que son vin était de très bonne qualité.

 

_Nous allons voir ça. Dit John.

 

_C’est très intéressant tout ça, mais pour le moment je dois rentrer pour la mine.

 

_Il n’en est pas question, avec cette soudaine fortune tu n’iras plus à la mine.

 

_Je ne veux pas que tu t’apitoies sur mon sort.

 

_Tu es mon père et je n’ai pas l’intention de te laisser vieillir ou mourir là-bas.

 

Quelques semaines plus tard, Yvon avait définitivement quitté son métier de mineur, tout en restant vivre dans sa modeste maison. John ira le rejoindre un peu plus tard, car avant de quitter la capitale, il devait aller saluer son ami Kilian, tout en gardant son secret. 

 

John n’étant pas majeur, avait laissé à son père le soin de signer tout papier administratif,  pour l’achat de la demeure et du vignoble.

 

Père et fils avaient acquis  les terres jaunes de Tamara, les travaux de rénovation durèrent deux longues années. Les deux hommes s’y étaient installés un an avant la fin des travaux. Ils engagèrent en suite, des ouvriers agricoles pour la remise en état du vignoble. John fit construire une maison sur la terre de la demeure, pour que son père ait son Independence, à cette époque Yvon  n’avait que trente-six ans.

 

 

 

Cinq ans plus tard, à l’âge de ses vingt et un an John Wil était devenu un homme d’affaire. Viticulteur reconnu dans tout le pays, son vignoble donnait de très beaux fruits, la mise en bouteille se faisait sur le domaine, à l’effigie de John Wil.

 

John n’était pas un grand séducteur, il ne vivait que des aventures sans lendemain. Son père pensait qu’il était temps pour lui de fonder une famille, mais John ne le voyait pas de cet œil. Prétextant qu’il avait encore le temps pour ça, les affaire sont les affaires disait-il. Je penserais à me marier quand mon cœur aura reconnu l’élue. Quand à Yvon son père, il s’était remarié. Il vivait toujours sur le domaine, mais il avait ouvert un magasin à Roucourt, sous l’enseigne Wil père et fils ou il vendait le nectar des vignobles des terres de Tamara. Les affaires marchaient  bien, Yvon coulait des jours heureux. Les années passèrent, le fil des saisons faisaient renaitre le domaine sous l’œil du grand chêne centenaire et des étés qui dévoilaient un vignoble majestueux, gorgé de soleil. L’automne, saison des vendanges animait le domaine des terres de Tamara. Elles étaient recouvertes d’ouvriers saisonniers, femmes et hommes, qui cueillaient sans relâche, sous un ciel pluvieux ou un soleil timide. Et quand l’heur sonnait la fin du labeur, John les conviait à un festin, qui se terminait dans liesse et la bonne humeur après quoi, tout ce petit monde allait se coucher. 

 

 Depuis quelques années, une jeune femme d’une vingtaine de printemps participait aux vendanges. John n’était pas indifférent à sa beauté naturelle. A la fin de la cueillette cette année-là, John organisa un banquet un peu plus piaillant que les autres années, ou tous avaient été conviés.

 

Le cœur de d’John était rempli de bonté, de générosité. Il fit installer une grande table sous le vieux chêne et un orchestre  était venu pour animer la soirée. Dans la douceur de  cet été indien, on pouvait entendre les cœurs de ses âmes ouvrières jouirent de ce présent, bordé d’un peu d’ivresse. Ils mangeaient, dansaient, riaient, John était heureux de les voir ainsi.

 

La jeune femme attirait le regard de d’John, elle se prénommait Rose ça lui allait comme un gant. Tous les jeunes gens l’invitaient à danser. D’John  était assis en bout de table, il se leva, l’orchestre entamât une valse et d’John alla inviter Rose. Le teint de la jeune femme cachait une douce timidité, elle accepta ces quelques pas, puis une dernière danse annonça la fin de la soirée.

 

Apres quelques mots de politesse, John demanda :

 

_ Etes-vous libre demain soir.

 

_ Oui, répondit Rose.

 

_je vous invite chez Jule, un petit restaurant très sympa, je passerai vous prendre vers vingt heures.

 

_Entendu, à demain Monsieur Wil.

 

Il était déjà très tard, Rose habitait à l’autre bout de la Ville. Un de ses amis aurait dû la raccompagner, mais ne la voyant pas venir, il était parti.

 

Rose se rendit alors à la porte de chez Wil et toqua, John lui ouvrir étonné de la voir.

 

_Rose que se passe-t-il ?

 

_Un ami devait me raccompagner, mais il est parti sans moi.

 

_Mais entrez donc, le temps de prendre une veste et je vous raccompagne.

 

Rose devant le miroir de l’entrée se repoudra le nez rapidement, puis fit mine de s’intéresser à quelques toiles qui ornaient le mur.

 

_Et voilà, nous pouvons y aller.

 

_Je suis vraiment désolée, dit Rose.

 

_Ne le soyez pas, je suis ravi de vous reconduire.

 

Apres quinze minutes, Rose fit un signe à John, c’est ici dit-elle. La voiture s’arrêta devant une petite maison de deux étages, John descendit et alla ouvrir la porte de l’auto tout en saluant Rose.

 

_Je vous souhaite une douce nuit, avec le sentiment de vous revoir.

 

_Merci monsieur Wil, à bientôt.

 

John fit demi-tour,  avec un œil dans le rétroviseur, charmante, très charmante dit-il.

 

Le lendemain soir, il alla prendre Rose devant  sa porte. Elle était vêtue d’une robe rouge qui faisait ressortir ses yeux bleus et ses cheveux roux. Quand John vit arriver Rose, il en était bouche bée. Elle n’était pas d’une beauté fatale, mais elle avait un charme fou.

 

Au restaurant  Rose prit une coupe, john Wil un whisky, la conversation s’était engagée.  John avait appris que Rose avait était élevée par sa grand-mère maternelle. Car à l’âge de huit ans Rose avait  perdu sa maman, elle était morte en couche. Quelques semaines plus tard, après ce drame, son père l’avait confiée à sa grand-mère. Il  s’était installer au canada et elle ne le revit jamais.

 

Apres cette soirée, John revit à plusieurs reprises Roses. Son père avait bien vu qu’il avait changé depuis cette rencontre, il était tant John allait avoir trente ans. Yvon pensait qu’il était mure pour le mariage et un soir il était venu rendre visite à son fils, qui l’invita à rester souper. Il en profita pour lui parler de son avenir.

 

_John, je me suis aperçu que tu avais changé ces temps-ci.

 

_Changé !

 

_Oui depuis que tu as rencontré Rose et puis, vous vous voyez souvent.

 

_ C’est une amie, enfin je peux te l’avouer, elle ne m’est pas indifférente.

 

_Mais alors, qu’est ce qui t’empêche d’aller plus loin ?

 

_Je veux être sûr de mes sentiments.

 

La soirée s’était terminée sur cette note. Le père de John, à quelques jours des trente ans de son fils et en toute discrétion, organisa les préparatifs pour cette grande occasion. Il fit parvenir une invitation à tous les amis de John à Rose en particulier.

 

La réception eut lieu trois semaines plus tard. Yvon avait profité de l’absence de jhon et sous le grand chêne un buffet fut dressé, un orchestre  installé. En fin de soirée les invités étaient tous là. Rose dans sa plus jolie robe, attendait l’arrivée de John avec impatiemment, les yeux fixés sur le portail. Soudain on vit les deux battants s’ouvrir, c’était John, bien loin de se douter qu’une surprise l’attendait.

 

 

 

Le grand chêne se trouvait à l’arrière de la demeure, John avait pour habitude de s’y rendre après un long voyage, pour se ressourcer. A l’approche de son fils, Yvon  fit un signe à l’orchestre de jouer, John sursauta, la foule s’exclama, bon anniversaire. D’John, déploya un large sourire devant les convives et embrassa son père. La soirée s’annonçait dans la gaité et le bonheur et  John alla saluer ses amies et le regard bleu de Rose.

 

Sur une table s’étalaient les cadeaux, que John ouvrira plus tard dans la soirée. En attendant il profitait de cette magnifique soirée et tous les convives s’amusaient riaient, mangeaient, buvaient et dansaient. Yvon avait installé Rose en face de son fils, ravie de cette présence si douce. Les deux jeunes gens les yeux dans les yeux s’admiraient, se parlaient. John invita Rose à danser, puis ils allèrent s’assoir sous le grand chêne.

 

A deux cent kilomètres de là, un homme était assis à la table d’un restaurant, il était  accompagné d’une femme. Il commanda à la carte et demanda une bouteille de champagne :

 

_Votre meilleur crue. Dit-il au serveur.

 

Apres l’apéritif on lui amena le champagne, en précisant  le nom du domaine, Wil.

 

_Wil, bizarre, ça me dit quelque chose ce nom-là. 

 

En sortant de l’établissement :

 

_ Wil, John Wil ? J’ai connu un gars qui portait ce nom-là.

 

_Qu’est-ce que tu racontes. Dit la femme.

 

_Fou moi la paix. Répliqua l’homme en chuchotant. Si c’est bien lui ça fait vingt-quatre ans que je ne l’ai pas revu. La dernière fois c’était à l’hôpital st Antoine.

 

Deux jours plus tard, l’homme retourna au restaurant, pour demander l’adresse du domaine, prétextant vouloir acheter quelques bouteilles. Mais qui était donc cet homme ?

 

Pendant ce temps-là sur le domaine des terres de Tamara, la fête battait son plein, John et Rose assis au pied du chêne, s’étaient échangés un baiser, qui en disait long.

 

Un an plus tard ils se marièrent, Rose donna naissance à un garçon Emeric, Yvon était heureux d’être grand-père et John était comblé entouré de sa famille.

 

A la même époque, une missive était parvenue adressé à John Wil. Juste quelques mots.

 

Salut d’John, te souviens-tu de Lilou ?

 

John reconnu Kilian, il se souvenait de ses seize ans de chez Louise, le bar ou il allait prendre un café, avec son ami Kilian, de son cousin Jules, de son ticket de loterie. C’était loin tout ça, mais pourquoi cette lettre ?

 

Comment m’a-t-il retrouvé ! John déposa le courrier sur son bureau, sans y prêter plus d’importance.

 

Les années passèrent, Yvon le père de d’John, était décédé d’un infarctus. Le domaine portait le plus beau vignoble, le fils de d’John Emeric avait atteint l’âge de ses seize ans. Il allait rejoindre Paris pour poursuivre ses études au lycée Rabelais. Rose avait pris quelques rides, qui lui allaient bien. Elle était un peu triste du départ prochain de son fils, un adolescent sans problème, un élevé dans la moyenne. Son père en était fière, John n’eut pas la chance de pouvoir poursuivre des études. Il venait de la mine, d’une famille de gueule noire, comme ils disaient tous. Il avait raconté son histoire à son fils, mais lui  était né dans un autre monde.

 

Emeric quitta le domaine et après un an de vie parisienne, ses études battaient de l’aile. Il habitait un studio, que son père avait acheté et quand il rentrait au domaine, une fois par moi et pour les vacances scolaire, ses parents lui faisaient la moral, très déçus de son comportement, Emeric promettait jurais et sa mère sanglotait.

 

Tout près de ses dix-huit ans, Emeric sortait la nuit, dépensait beaucoup d’argent et son père menaçait de lui couper les vivres, mais ce n’était que des paroles. Il habitait le dix-huitième non loin du quartier de Pigalle. Ce soir-là il se rendit dans un bar de nuit et commanda une bouteille de champagne, à son effigie. Non loin de lui accoudé au bar, un homme la cinquantaine l’interpela :

 

_Dit moi, t’a d’la chance mon pote, moi je ne peux plus m’en payer d’champagne, j’ai paumé tout ce que j’avais au course.

 

Emeric avait bon cœur, il  l’invita à prendre une coupe. Ou était donc passé l’éducation inculquée par ses parents, l’histoire de ses aïeux, les gueules noirs.

 

L’homme se présenta :

 

_ J’m’appelle Kilian.

 

_ Moi, Emeric Wil.

 

_Wil, le champagne. Dit Kilian.

 

_Oui c’est bien ça. Réplica Emeric.

 

_ Je savais bien, je ne m’étais pas trompé.

 

_ Que voulez-vous dire !réplica Emeric.

 

_ J’ai connu ton père autrefois, il y quelques années, je lui ai même envoyé quelques mots, jamais je n’eus de réponse.

 

 Kilian n’avait pas changé, il vivait toujours de petits larcins, habitait toujours chez son cousin germain Jules, sauf que Jules n’était plus de ce monde. Ce soir-là la vie d’Emeric allait prendre une toute autre tournure.

 

Quelques semaines plus tard, Emeric rentra chez lui et sa mère fut très heureuse de le revoir. Quant à son père il était plus austère, de plus quand il apprit qu’il avait rencontré un homme au hasard d’un comptoir, nommé Kilian, après le récit de son fils, pour John ce fut la catastrophe. Il savait que ce personnage buvait et faisait les quatre cent coups, ne travaillait pas et vivait au jour le jour. John avait  peur que son fils tombe dans la débauche du jeu, des bars de nuits et de l’ivresse. Émeric, si doux si sage, comment avait-il pu changer à ce point. Il ne pensait qu’au matériel, aux voitures de luxe, aux boites de nuit et filles de joie. Il arrêta ses études à vint deux ans et continua à fréquenter Kilian qui l’entrainait à jouer, à boire et à dépenser. L’argent Emeric et son insouciance pour son avenir, l’entrainait tout droit au gouffre.

 

Sa mère, soucieuse en était tombée malade et quelques mois plus tard, d’un mal incurable elle était décédée. Emeric fut très affecté et noya son chagrin dans l’alcool. Quand a son pauvre père John, il était effondré pas la mort de sa femme Rose. Il ne lui restait que son domaine pour se consoler, ses souvenirs d’antan, son enfance, il n’avait jamais oublié d’où il venait. Il n’avait plus aucun contact avec son fils, il en était très malheureux.

 

Vingt ans plus tard Emeric avait dilapidé tout la fortune, enfin presque et vivait toujours à Paris. Il avait laissé le domaine des terres jaunes de Tarama aux friches. Son père âgé de avait été placé en maison de retraite. Il ne revit jamais son fils et un jour il apprit qu’il avait trouvé la mort en plein hivers, étendu sous un carton tenant un litron à la main.

 

John Wil, après cette triste nouvelle, demanda qu’on le conduise sur les terres de Tarama. C’était un jour ou le soleil était au zénith, une douce brise soufflait sur le domaine, qui croulait sous les friches. Le vieux chêne était toujours là majestueux, avec ses souvenirs. L’infirmière qui accompagnait John, l’avait laissée dans cette quiétude.

 

Dans instant d’intimité, le vieil homme s’allongea, sous l’ombrage du grand arbre et ferma ses paupières, qui cachaient  tant de chagrins et de souvenirs. Le sourire de Rose, l’amour qu’il portait à son fils, son enfance, la douceur de sa mère, le regard de son père et e domaine des terres jaunes de Tarama, à son apogée. John s'était éteint sous le vieux chêne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



07/01/2015
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi